jeudi 16 février 2012

Peter is Dead in the Piano.

"A quoi ça sert ?"

Ça ne sert à rien. Peu de choses servent réellement. Et pourtant l'homme fonctionne grâce, en fonction de cette "utilitarisme".
Et j'ai l'impression de construire ma vie sur l’inutile, en fonction de l'inutile.
Sur un claquement de doigts. Ou de cils.

Je ne me pose pas la question : "A quoi cela sert-il ?"
Car l'immédiateté, la gratuité et la sincérité du geste involontaire, du geste impulsif priment pour moi. J'ignore où je vais, j'ignore comment j'y vais, et j'ignore encore même si j'y "arriverai" un jour. Mais je marche, un peu à tâtons, souvent les yeux fermés, emporté par des courants d'air qui me poussent d'un endroit à un autre, parfois sans même que je m'en rende compte.
Je marche.
Et je crois bien que je pourrai faire le tour du monde, marchant ainsi... au gré du vent. Au gré des routes. Oui, j'en suis persuadée : je ferais le tour du monde ainsi. Sans aucun doute. Sans jamais me demander : "A quoi cela sert-il ?"

To let myself go,
To let myself flow
Is the only way of being.

Dès que j'ai entendu cette chanson, je n'ai pu qu'approuver. C'est exactement de la sorte, que j'ai toujours perçu le mouvement de la vie.

Je ne me pose jamais la question : "A quoi cela sert-il ?"
Je savais d'emblée que la littérature avait sa fin en soi. Que le simple fait d'étudier la littérature était le moyen même de la vivre. De s'en "emparer" en quelque sorte, sans jamais la saisir. De s'en emparer en s'en séparant.
J'ai toujours su que ce simple fait d'étudier la littérature c'était comme libérer enfin l'oiseau blessé qu'on a soigné pendant des jours. Certes, la séparation reste toujours douloureuse, mais n'a-t-on pas soigné cet oiseau pour le revoir voler ? pour qu'il recouvre sa liberté ? Mais on espère d'une certaine manière, qu'il ne partira jamais. C'est une sorte d'égoïsme auquel on n'y peut presque rien. Un égoïsme inné que l'on ne peut réduire à néant, malgré tous les efforts qu'on pourrait livrer... en vain.

Vanitas vanitatum et omnia vanitas.

Tout est vanité. Dès lors, la question : "A quoi cela sert-il ?" a-t-elle encore un sens ?

J'ai toujours su que la littérature était une expérience en elle-même. Comme l'écrit Blanchot. Comme des mots, il ne faut rien attendre de la littérature que son immédiateté. Les mots comme la littérature ne vous apporteront rien que cette beauté du geste et qu'un sens étouffé de la vie.
Et, je n'attendais rien de la littérature.
Et, je n'attends toujours rien de la littérature.
Et, jamais. Ja-mais, je ne me "séparerai" de la littérature. Car elle est en quelque sorte mon amour de Swan.

Il se disait presque avec étonnement : « C’est elle », comme si tout d’un coup on nous montrait extériorisée devant nous une de nos maladies et que nous ne la trouvions pas ressemblante à ce que nous souffrons. « Elle, » il essayait de se demander ce que c’était ; car c’est une ressemblance de l’amour et de la mort, [...] Et cette maladie qu’était l’amour de Swann avait tellement multiplié, il était si étroitement mêlé à toutes les habitudes de Swann, à tous ses actes, à sa pensée, à sa santé, à son sommeil, à sa vie, même à ce qu’il désirait pour après sa mort, il ne faisait tellement plus qu’un avec lui, qu’on n’aurait pas pu l’arracher de lui sans le détruire lui-même à peu près tout entier : comme on dit en chirurgie, son amour n’était plus opérable.
(A la recherche du temps perdu, Proust.)

Je ne suis plus opérable.
La littérature fait, en quelque sorte, partie de ma chair. De mon corps, au-delà de ce qu'on nomme communément "esprit". (De toute manière, je ne crois pas à "l'esprit".)

Je ne crois pas non plus à "l'utilité". Car rien sur cette terre me paraît utile en soi. Je n'écris pas cela poussée par un grand pessimisme qui se serait niché en moi, mais car rien n'est vraiment utile, quand on y songe réellement.
L'utilité, - si une telle chose était possible ou même réelle, ne traduirait que le besoin d'un espoir (dans le futur), le besoin d'une certaine assurance quant aux jours à venir. En sommes, une illusion.

mardi 14 février 2012

Rainy Day.

Parce qu'on n'a pas toujours l'argent nécessaire pour vivre. Il faut choisir : tu manges ou tu voyages. Et moi j'ai choisi : je fais le tour du monde.
Quitte à crever la dalle.

Portrait.

Ayant assisté, hier après-midi à un atelier d'écriture oulipienne, avec l'écrivain Frédéric Forte, j'en ressors avec ces quelques mots sur la jeune fille qui me faisait face, Leila. L'exercice consistait à observer cette personne et à la décrire en commençant nos phrases par les termes que j'ai mis en italique, dans l'ordre suivant.


Je vois du blanc sur tes épaules
J'imagine que ça doit être le reste des pétales de neige d'hier soir.
Je remarque qu'elle fond jusqu'à tes poignets, et,
je sais que ce bleu n'est que l'océan de cette neige.
Je souligne alors ton prénom* et
je parie que ce bleu ne lui est pas étranger mais
je préfère ne pas (r)appeler la Nuit.*
J'ignore (encore) quels mots tombent sur ton calepin orange.
J'aimerais... j'aimerais... j'aimerais... je ne sais plus.
Je me demande dans quel lac la neige à tes pieds ira se baigner, car
Je vois devant moi la/une** Montagne qui laisse couler ses pics.


* : La jeune fille se prénommait Leila, qui en arabe, signifie "nuit".
** : J'ai beaucoup hésité encore "la" ou "une", mais à la lecture j'ai dit "la". Cependant, je ne sais toujours pas sur lequel des deux, je porte ma préférence. Je crois cependant, que je laisserais le "la" pour une éventuelle version définitive.

dimanche 5 février 2012

S'envoler.

Bien que cette paire de pieds m'appartienne, la photographie ne "m'apprtient" pas. Juillet 2011.


Notre ombre s'étend sur la rivière,
et la rivière réfléchit notre lumière
comme un soleil qui nait.
Et bien que
et bien que
et bien que tout soit peuplé.
Nous sommes seuls.
Nous sommes seuls.
Absolument seuls.

Comme deux minuscules poussières,
seules, maladroites, flottant,
parcourant l'univers entier.
Comme deux papillons,
inconscients nous allons au gré
du vent, des fleurs, des pétales...
Comme deux papillons,
on suit le cours des soleils, des étoiles,
inconscients, nos ailes se heurtent
tournoient les unes dans les autres
se mêlent, s'entremêlent
s'abandonnent
l'une à l'autre.

Comme deux papillons perdus dans l'immensité de l'espace,
livrés aux tempêtes, livrés au pollen,
et aux feuilles qui tombent,
inconscients,
nous savons déjà que notre heure est proche.

Et entre nous... *


Et entre nous, ces eaux.
Qui coulent et stagnent et s'agitent et se calment.
Et entre nous, cette herbe.
Qui coule et reste et se mêle aux vents.


Photographie prise à Londres le 01/02/2012.


* : Le titre initial était And Between Us, the Sea. Mais je l'ai modifié le 8 février 2012.

samedi 28 janvier 2012

Les Mots

Les mots ne vous donneront jamais rien qu'une satisfaction de courte durée. Une satisfaction immédiate.

Le 28/01/2012.