C'est toujours étrange de dire "aujourd'hui" quand il est minuit, ou une heure du matin.
De quel "aujourd'hui" s'agit-il ? De celui d'hier ou de demain ?
Je voulais simplement m'asseoir sur la colline, à minuit. M'asseoir et écouter les vagues s'écraser en bas... sur les rochers. Sur la colline. Et écouter les vagues, écouter l'océan, écouter la nuit passer. Silencieusement.
Je voulais simplement m'asseoir là, le plus proche de la Lune. Le plus proche que l'on puisse être. De la Lune. Le plus proche que l'on puisse être, l'un de l'autre.
Je voulais, cette nuit-là, m'asseoir là et écouter la nuit passer... marcher devant nous... et ce vent, comme s'il était éternel. Comme s'il ne soufflait que pour nous.
Mais le vent, les vagues, la lune, la colline, nous leur sommes indifférents. Des étrangers.
Le vent, les vagues, la lune, la colline, l'océan n'ont pas d'yeux pour nous entendre, n'ont pas d'yeux à prier, n'ont pas d'yeux pour appeler, n'ont pas d'yeux pour espérer, n'ont pas lieu de ruiner leur jours à mourir ou à vivre.
Et le vent et les vagues et la lune et la colline et l'océan restent cois.
Je reste là. A attendre que la nuit passe, que la nuit passe lentement au-delà de l'univers, le traverse, le renverse, le reverse, la transperce, le traverse, l'apaise, m'apaise, et que je n'en sorte jamais, de cette nuit.
Et à la vivre. Et à la mourir. A l'avaler et à en ressortir changée. Non, en vérité, n'en ressortir jamais. Vivre éternellement cette nuit... cette nuit un peu blanche et noire. Cette nuit qui devient grise lentement... qui se nervalise, singulièrement.
Gérard ronsardisait, et cette nuit, je nervalise.
Sur la colline, j'aurais aimé fixé la lune. M'approprier, (moi aussi), sa marche et lentement, la suivre des yeux... la suivre des pas. L'empoigner. La caresser. Lui dire que la "nuit sera longue à devenir demain..."* et de lui dire qu'après moi, qu'après nous, que d'après eux, il faudra qu'elle brille éternellement. Ne jamais laisser le soleil te voler la Nuit. Jamais.
Ne jamais laisser le Soleil te voler ta Nuit.
Non. Jamais.
Lune, tu m'écoutes ?
Jamais !
De quel "aujourd'hui" s'agit-il ? De celui d'hier ou de demain ?
Je voulais simplement m'asseoir sur la colline, à minuit. M'asseoir et écouter les vagues s'écraser en bas... sur les rochers. Sur la colline. Et écouter les vagues, écouter l'océan, écouter la nuit passer. Silencieusement.
Je voulais simplement m'asseoir là, le plus proche de la Lune. Le plus proche que l'on puisse être. De la Lune. Le plus proche que l'on puisse être, l'un de l'autre.
Je voulais, cette nuit-là, m'asseoir là et écouter la nuit passer... marcher devant nous... et ce vent, comme s'il était éternel. Comme s'il ne soufflait que pour nous.
Mais le vent, les vagues, la lune, la colline, nous leur sommes indifférents. Des étrangers.
Le vent, les vagues, la lune, la colline, l'océan n'ont pas d'yeux pour nous entendre, n'ont pas d'yeux à prier, n'ont pas d'yeux pour appeler, n'ont pas d'yeux pour espérer, n'ont pas lieu de ruiner leur jours à mourir ou à vivre.
Et le vent et les vagues et la lune et la colline et l'océan restent cois.
Je reste là. A attendre que la nuit passe, que la nuit passe lentement au-delà de l'univers, le traverse, le renverse, le reverse, la transperce, le traverse, l'apaise, m'apaise, et que je n'en sorte jamais, de cette nuit.
Et à la vivre. Et à la mourir. A l'avaler et à en ressortir changée. Non, en vérité, n'en ressortir jamais. Vivre éternellement cette nuit... cette nuit un peu blanche et noire. Cette nuit qui devient grise lentement... qui se nervalise, singulièrement.
Gérard ronsardisait, et cette nuit, je nervalise.
Sur la colline, j'aurais aimé fixé la lune. M'approprier, (moi aussi), sa marche et lentement, la suivre des yeux... la suivre des pas. L'empoigner. La caresser. Lui dire que la "nuit sera longue à devenir demain..."* et de lui dire qu'après moi, qu'après nous, que d'après eux, il faudra qu'elle brille éternellement. Ne jamais laisser le soleil te voler la Nuit. Jamais.
Ne jamais laisser le Soleil te voler ta Nuit.
Non. Jamais.
Lune, tu m'écoutes ?
Jamais !
Si j'avais eu une fille, née cette nuit-là, sur cette colline, je lui aurais choisi le plus beau des prénoms, je l'aurais nommé en ton nom, Lune. Je l'aurais prénommée, cette nuit-là Séléné.
Si j'avais eu un garçon, né cette nuit-là, sous les perles séléniennes, près des vagues qui s'écrasent maladroitement sur les rochers, entouré de sable froid, je ne l'aurais point nommé. J'aurais été triste de lui avouer que je n'avais pas pu le nommer.
Que les vagues s'écrasaient, que la nuit passait, que la lune m'inondait, que je nervalisais, sans avoir été capable de trouver un prénom, un seul prénom. Car le seul prénom qui me serait venu en tête, aurait été désuet, Gérard. Ou Phébus ou Amour. Mais que j'avais été incapable. Et tu n'aurais pas compris...
Je voulais simplement m'asseoir sur la colline, et écouter la Nuit passer.
Tant de siècles qu'elle passe et tant de siècles que personne ne la célèbre. Je voulais m'asseoir là et célébrer silencieusement la nuit. Sans dire un mot, l'écouter m'inonder, me raconter les légendes des siècles qu'elle a traversés, et elle me raconterait tant... elle me raconterait temps d'hier, temps de demain... les querelles inutiles qu'elle a tues tout au long des années, les querelles qu'elle avait vu finir par s'apaiser, les querelles qu'elle avait vu reprendre de plus belle.
Elle m'aurait raconté toutes les tempêtes qu'elle avait soufflées, toutes les tempêtes qu'elle avait éteintes, qu'elle avait étreintes, qu'elle avait accompagné... dans des voyages sans fin.
Elle m'aurait raconté toutes les fois où elle a failli rester éternelle, et comment le soleil venait finalement la chasser. Et comment on finit tous par mourir, un jour, une nuit. Sans vraiment que l'on sache.
"Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera blanche et noire."
Elle m'aurait peut-être raconté Nerval, et alors j'aurais bu ses mots, avaler ses mots, les avaler à m'étouffer. Parce que Nerval.
Parce que Nerval, des mots, il en a eu tant, il en a eu trop**, mais cette nuit du 25 janvier, quelques mots jetés péniblement sur ce papier, pour ne plus jamais en dire. Ne plus jamais en dire. Pour se taire à jamais. Se terre à jamais... Ce Phébus, cet Amour, ce ténébreux, cet inconsolé, ce Prince, ce fou sublime.
Cet inconsolé.
Elle m'aurait raconté Nerval, à coup sûr. Car on ne vit pas Nerval sans le raconter, sans avoir un million, un milliard de mots à son sujet... sans se couper le souffle à en parler. Nerval.
Nerval.
Nerval.
"Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera blanche et noire."Si j'avais eu un garçon, né cette nuit-là, sous les perles séléniennes, près des vagues qui s'écrasent maladroitement sur les rochers, entouré de sable froid, je ne l'aurais point nommé. J'aurais été triste de lui avouer que je n'avais pas pu le nommer.
Que les vagues s'écrasaient, que la nuit passait, que la lune m'inondait, que je nervalisais, sans avoir été capable de trouver un prénom, un seul prénom. Car le seul prénom qui me serait venu en tête, aurait été désuet, Gérard. Ou Phébus ou Amour. Mais que j'avais été incapable. Et tu n'aurais pas compris...
Je voulais simplement m'asseoir sur la colline, et écouter la Nuit passer.
Tant de siècles qu'elle passe et tant de siècles que personne ne la célèbre. Je voulais m'asseoir là et célébrer silencieusement la nuit. Sans dire un mot, l'écouter m'inonder, me raconter les légendes des siècles qu'elle a traversés, et elle me raconterait tant... elle me raconterait temps d'hier, temps de demain... les querelles inutiles qu'elle a tues tout au long des années, les querelles qu'elle avait vu finir par s'apaiser, les querelles qu'elle avait vu reprendre de plus belle.
Elle m'aurait raconté toutes les tempêtes qu'elle avait soufflées, toutes les tempêtes qu'elle avait éteintes, qu'elle avait étreintes, qu'elle avait accompagné... dans des voyages sans fin.
Elle m'aurait raconté toutes les fois où elle a failli rester éternelle, et comment le soleil venait finalement la chasser. Et comment on finit tous par mourir, un jour, une nuit. Sans vraiment que l'on sache.
"Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera blanche et noire."
Elle m'aurait peut-être raconté Nerval, et alors j'aurais bu ses mots, avaler ses mots, les avaler à m'étouffer. Parce que Nerval.
Parce que Nerval, des mots, il en a eu tant, il en a eu trop**, mais cette nuit du 25 janvier, quelques mots jetés péniblement sur ce papier, pour ne plus jamais en dire. Ne plus jamais en dire. Pour se taire à jamais. Se terre à jamais... Ce Phébus, cet Amour, ce ténébreux, cet inconsolé, ce Prince, ce fou sublime.
Cet inconsolé.
Elle m'aurait raconté Nerval, à coup sûr. Car on ne vit pas Nerval sans le raconter, sans avoir un million, un milliard de mots à son sujet... sans se couper le souffle à en parler. Nerval.
Nerval.
Nerval.
Et quand elle m'aurait raconté Nerval, sur cette colline, j'aurais bu ses mots, avalé ses mots jusqu'à en regorger...
Et mourir là, tranquillement, en silence, après avoir écrit ces trois vers :
Je veux mourir ce soir.
Doucement.
Sous le ciel.
* Jojo : Jaques Brel
** Les Mots d'amour : Edith Piaf.


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