dimanche 11 décembre 2011

"I wait for You there like a stone." *


Photographie prise à Saint Germain-en-Laye, 23 décembre 2008.

Ce matin, je me souvenus de la fois où tu t'étais assis en-dessous de ma fenêtre. Comme ça, comme un flash-back... venu de cette phrase : "I wait for you there like a stone." Et comme une pierre, tu m'attendais... attendais que ma tête apparaissent à la fenêtre. Et je t'ai vu... Et j'ai... Je ne me souviens pas réellement ce que j'ai pu ressentir à ce moment exact... Roméo...
Et moi, loin d'être Juliette... J'ai cessé de te regarder.

Ce matin, j'ai regretté de n'avoir pas pris de photographie à cet instant-là. Toi me regardant, comme une pierre aurait pu me regarder... éternellement... Tes yeux bleus, comme à la limite de l'explosion... m'avaient réellement touché. Mais moi, loin d'être Juliette, je n'en ai pas fait cas. J'ai feint de ne rien ressentir, à cet instant-là.

Le passé c'est un peu comme une bougie, on souffle dessus et il s'éteint brusquement...
Puis la fumée s'en échappe, et à ce moment-là on se souvient que cette bougie a brûlé un jour.
Et des semaines plus tard, des mois ou des années plus tard, on repasse par là, là où la bougie a brûlé et on aperçoit la mèche... Elle est noire, elle est grillée, elle n'est plus rien du tout... Pourtant la mèche noire, grillée, plus rien du tout nous renvoie immédiatement à ces fantômes qui flottent encore quelque part... quelque part, dans un coin de la Mélancolie.

I wait for you there like a stone.*

J'ai hésité à publier ce texte, que je juge assez personnel... Mais ce serait mentir de ne pas le publier. Mentir car l'écriture est cette pulsion que l'on ressent parfois le matin en se réveillant, qui nous force à tout dévoiler, à étendre les mots au-delà de tout. Dans l'écriture, j'entends aussi "photographie" : car rappelons-nous que Willy Ronis a fait des photographies de sa femme, de ses enfants jouant dans la neige... sans mentir un seul moment. Cette femme était bien là, assise sur un banc, malade, touchant à la fin de sa vie... autour des feuilles :

"Marie-Anne fait partie de la nature, du feuillage, comme un petit insecte, dans l'herbe. Nous avons vécu ensemble quarante six ans." (Ce Jour-là, p. 160.) [Photographie ci-dessous : La vieille dame dans un banc, Nogent sur Marne, 1988]


J'aurais menti à ne pas publier ce texte. Oui. Non que je souhaite faire partager ma vie intime avec le commun des mortels, mais ne pas laisser les mots s'échapper et fuir sur des pages - bien trop blanches, n'aurait été que le refus d'une évidence. Et on ne peut pas continuer à prétendre, quand même l'amour s'envole, quand même les doigts ne se touchent plus, quand même les rivières coulent et que nous ne passons plus... quand même tout cela s'est envolé, il reste encore les mots pour rendre compte de cette nature qui meurt lentement... qui meurt et qui se renouvelle à chaque saison.



* : La phrase de la chanson d'Audioslave est la suivante : "I'll wait for you there like a stone." Vous pouvez trouver l'intégralité des paroles de la chanson : ici. Le titre : Like a Stone.

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