Quand Septimus se suicide, tout se passe comme un battement de cils.
Très rapidement, trop rapidement.
Comme si rien ne l'annonçait... Et rien ne l'annonce : il est plus amoureux que jamais, la vie est "bonne", le soleil est "chaud"... "Seulement les êtres humains : mais qu'est-ce qu'ils voulaient ?" L'idée des êtres humains, puis la chute. La chute éternelle.
Tout s'est éteint, alors.
Sûrement pas pour Septimus. Mais pour Rezia... pour Clarissa aussi, peut-être ? ...
Bien que j'écarte de cet écrit toute volonté de faire l'apologie du suicide, je crois qu'il faille laisser ceux qui le choisissent, s'en aller. Non pas mourir, mais s'en aller... Partir là où ils croient devoir partir.
Très rapidement, trop rapidement.
Comme si rien ne l'annonçait... Et rien ne l'annonce : il est plus amoureux que jamais, la vie est "bonne", le soleil est "chaud"... "Seulement les êtres humains : mais qu'est-ce qu'ils voulaient ?" L'idée des êtres humains, puis la chute. La chute éternelle.
Tout s'est éteint, alors.
Sûrement pas pour Septimus. Mais pour Rezia... pour Clarissa aussi, peut-être ? ...
Bien que j'écarte de cet écrit toute volonté de faire l'apologie du suicide, je crois qu'il faille laisser ceux qui le choisissent, s'en aller. Non pas mourir, mais s'en aller... Partir là où ils croient devoir partir.
Non, le suicide ce n'est pas la mort. Et en cela, je n'ai rien inventé :
Au fond, si dans le Théâtre de Dérision les personnages envisagent le suicide, ce n’est pas par manque d’envie de vivre – on ne se tue jamais que parce qu’on voudrait vivre – mais parce qu’ils sont paralysés par de lourdes chaînes : sentiment de culpabilité, d’échec ou de solitude, sensibilité exacerbée frôlant la névrose, vanité de l’amitié ou de l’amour, conscience aigüe de ses propres limites, du manque d’absolu et d’espoir. (Le Théâtre de Dérision, Emmanuel Jacquart, Gallimard, p. 86)
En arriver à envisager le suicide, c'est ne plus pouvoir voir.
Le processus de pensée qui forme l'idée du suicide me semble être identique au processus d'un aveuglement lent et graduel, mais qui malgré tout aboutit à la cécité.
Le suicide est ce qui traduit une volonté absolue de vivre... Cette vie, est si désirée, si voulue, si attendue, mais n'arrive jamais, ne se produit jamais. Cette attente si intensément vécue durant ces années se mue peu à peu en désespoir : ce qu'on a désiré, l'aura-t-on un jour ?
Et les heures passent, les jours et les années s'enchaînent et cet espoir qui avait si longtemps guidé sa vie se fane, sèche, puis craque, s'éparpille, devient un tas de poussière... sur lequel on souffle tristement, comme on soufflerait sur ce qui nous gêne ou nous dérange.
Ce souffle c'est la fin des illusions.
Certaines musiques semblent bien pouvoir porter en elles ce processus lent de la formation de l'idée du suicide. Elles acheminent doucement vers des contrées inattendues, et leur voyage, qui au début semblait tout à fait ordinaire prend des tournures étranges, des tournures inopinées, des tournures extraordinaires... Et soudain, tout se mêle, le ciel la mer la terre les nuages les volcans les arbres les oiseaux les montagnes les vallées. Tout se mêle, tout s'épouse, tout tourne, rien ne reste identique à ce qu'il a été autrefois.
Un tourbillon de couleurs se dresse devant Lui. Un tourbillon de lumières l'éblouit intensément, il est heureux, il croit que le monde lui appartient, que le monde et lui ne sont qu'un seul et même corps. Le Soleil à portée des doigts.
Et soudain. La musique cesse, les couleurs se mêlent si bien les unes aux autres qu'elles ne forment plus qu'un vague gris noirâtre où il est désormais difficile de distinguer la moindre lueur... Difficile d'imaginer que cette "grisure"* était en vérité une palette infinie de couleurs... Et que le trop de couleurs a explosé, explosé si fort à le transformer radicalement. A le démolir parfaitement.
"And You should know that in my heart you fit every corner."*
C'est ainsi que son cœur explose.
A être trop-plein. Plein de cet être. Plein de vie. Mais le cœur a des dimensions finies, et une fois ces dimensions dépassées, surpassées, il s'épuise... puis crève comme un ballon gonflable.
Artaud parlait de goûter à la vie dans sa totalité, n'y-a-t-il pas un risque à trop s'enfoncer dans la vie ?
N'y a-t-il pas un risque à trop s'enfoncer dans l'amour ?
I walked into minefield
I've never heard of.**
L'amour c'est effectivement une sorte de champ de mines : que l'on y marche aveuglément ou avec précaution, rien n'y fait, on ne sait jamais à quel moment le pied frôlera l'infini.
* The Do : On my shoulders.
* Ane Brun : The Puzzle.
* Ane Brun : The Puzzle.


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